BIOGRAPHIE

Biographie d'un artiste peintre et lithographe figuratif français

Fils de sculpteur, Paul Aïzpiri appartient à cette génération d'artistes qui ont connu la grande époque de Montparnasse et de Saint Germain. Quand il était enfant, sa mère l'emmenait rue Campagne-Première, au restaurant "chez Rosalie", une amie qu'elle avait connue dans son village natal d'Athina, en Italie. Pendant que les deux femmes discutaient, Aïzpiri observait les murs du restaurant. Ils étaient couverts de tableaux avec lesquels des artistes miséreux avaient payé leurs repas: des Utrillo, des Modigliani...

Rosalie se lamentait : elle devait bien nourrir ces pauvres peintres, mais elle se disait que leurs tableaux n'auraient jamais aucune valeur. "Cela me fait de la peine" se disait Aïzpiri. "Jamais je ne serai artiste"

Pourtant, Aizpiri n'échappe pas à la tradition familiale. Après avoir étudié à l'Ecole Boulle et avoir travaillé aux Ateliers Nationaux, il entre à l'école des Beaux-Arts. Dès 1943, il expose à Paris. Travaillant le jour, peignant le soir et la nuit, Aïzpiri connaît des débuts difficiles "En sortant des Beaux-Arts, je n'avais pas un sou. Il m'est arrivé de devoir peindre un paysage sur le revers d'une toile cirée que j'avais prise à ma belle-mère." Marqués par les difficultés de la vie quotidienne dans l'après-guerre, ses premiers tableaux présentent des couleurs sombres et des motifs cernés de noirs épais. "Les patrons des restaurants du quartier voyaient que j'avais du mal. Quand je déjeunais chez elle, avec mes enfants, Madame Pierre m'offrait parfois nos repas. Madame Legendre, qui tenait l'épicerie de la rue Falguière, me dépannait avec des cageots de raisins. Malgré tout, je gardais confiance en l'avenir. " Celui-ci donnera raison à Aïzpiri.

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La première éclaircie apparaît quand le grand marchand Paul Pétridès est séduit par le travail d'Aïzpiri. En 1958, il l'expose dans sa galerie, au côté de Foujita. Le succès est immédiat. Aïzpiri rencontre alors tous les grands artistes de l'époque : Foujita, bien sûr, mais aussi Soutine, Van Dongen, Utrillo, et bien d'autres. Mais c'est surtout la personnalité de Picasso qui aura une influence décisive sur sa jeune carrière. Aïzpiri n'oubliera jamais la phrase du Maitre de Malaga. Un jour, en lui montrant les tableaux dans son atelier de la rue La Boétie, Picasso explique à Aizpiri : "Tu vois, mon grand : certains préfèrent le violon. Eh bien moi, c'est le tambour sauvage !" La phrase est on ne peut plus éloquente. Alors, dès les années 1960, Aïzpiri commence à utiliser les couleurs éclatantes et les dessins simplifiés qui feront désormais son succès.

Mais une autre rencontre lui ouvre définitivement la voie de la reconnaissance. En 1971, le marchand de tableaux Kiyoshi Taménaga propose un contrat à Aïzpiri, qui reconnaît aujourd'hui : "C'est lui qui a été mon véritable détonateur." Entre les deux hommes se nouent une amitié véritable et une complicité exceptionnelle : "Il sent la peinture comme peu sont capables de le faire. Il m'a toujours encouragé à aller de l'avant, même dans mes toiles les plus gonflées, les plus osées, les plus puissantes. " Grâce à la liberté et au soutien qu'il vient de rencontrer, Aïzpiri va peindre ses meilleurs tableaux.

"En ce moment, je me libère encore davantage. C'est mon graphisme qui l'emporte. Ce sont mes images. Je me les crée moi-même, dans un moment de combat, dans un moment d'exaltation ou un moment amoureux." Evoquant parfois des images d'Epinal, les toiles d'Aïzpiri représentent des personnages joyeux, souvent inspirés de la Commedia dell'Arte, des paysages dansants et des bouquets de fleurs qui rappellent des collages de papiers découpés. Tous sont traités avec puissance, mais aussi avec un optimisme, un humour et une énergie débordants, éloignés - très éloignés - de la morosité actuelle.

Les œuvres d'Aïzpiri sont conservées dans les meilleures collections publiques et privées : en France, dans toute l'Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis d'Amérique. De plus, en 1998, s'ouvre au Japon un Musée Aïzpiri, consacré à son œuvre, comme cela fut le cas, de son vivant, pour Bernard Buffet.

Aïzpiri s'eteint en 2016 chez lui a Paris, il continua a peindre jusqu'a son dernier souffle.